Elargir la voirie pour les piétons et les handicapés

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Ci-dessous le recours gracieux adressé à Mme Hildalgo, Maire de Paris, pour demander l’annulation d’un permis de construire au 30-30 bis rue du Groupe Manouchian. Ce permis autorise une reconstruction avec emprise sur rue identique, sans se soucier de l’élargissement du trottoir devant le projet alors que le trottoire est déjà élargi au voisinage.

Note : la mise en forme a été adaptée à une lecture sur internet et certaines images ont été ajoutées.

Le permis de construire du 30-30bis, rue du Groupe Manouchian, autorise l’édification d’un bâtiment de 5 étages et 27 logements en limite de parcelle sur rue.

Extrait plan PLU Trois niveaux

Or, pendant plusieurs dizaines d’années, des retraits d’alignement, imposés à toutes les nouvelles constructions de part et d’autre de la rue, ont conduit à un élargissement variable de cette voie. On distingue aujourd’hui trois parties (voir plan ci-dessus) :

  • le haut de la rue, au-dessus du 30-30bis, presque totalement élargi, avec une chaussée à double sens de circulation, des trottoirs acceptables et une largeur totale de 12 mètres ;

  • la partie moyenne, du 16 au 30-30bis, élargie avec des retraits et de larges trottoirs côté impair, une unique voie de circulation descendante, un trottoir dangereux côté pair et une largeur totale de 8 mètres ;

  • le bas de la rue, resserré, avec des trottoirs dangereux des deux côtés, une unique voie de circulation descendante, et une largeur totale de 4 mètres.

Maison en avancée

La maison de un étage sur rue, du 30-30bis est située au débouché de la partie moyenne, en avancée sur le trottoir élargi de la partie haute (maison avec le graffiti vert sur la photo ci-dessus). Elle constitue un obstacle visuel et matériel que la construction du projet prévu, de 6 niveaux, aggraverait considérablement. Cette construction condamnerait, pour des dizaines d’années, sauf destruction du bâtiment, l’élargissement global de la voie et l’aménagement harmonieux de cet angle de la rue. Elle maintiendrait un décrochement dans le trottoir, ce qui n’est pas souhaitable pour faciliter la circulation des piétons et des personnes en situation de handicap (voir photo ci-dessous). Esthétiquement, avec 6 niveaux, formerait une avancée très massive et oppressante.

Empiètement sur trottoir

Projet vueIl est surprenant de noter que, ce projet, exempté de retrait, tire parti du retrait du bâtiment voisin des Eaux de la Ville de Paris, au 32, pour installer son entrée principale en position latérale, qui ouvre sur le trottoir élargi à cet endroit. (voir image ci-dessus).

Devant le projet, le trottoir conservé ferait toujours 36 cm à 40 cm. Il est impossible d’y circuler, sauf risque de chute. A fortiori, ce trottoir ne permettra jamais le passage des handicapés en fauteuil, ni le croisement de deux personnes, ni le passage d’une personne tenant un enfant par la main, ou circulant avec une poussette ou un caddie… Il ne sera pas non plus possible d’envisager la plantation de végétaux ou la réalisation d’une véritable piste cyclable.

Il nous paraît inapproprié que les règles d’urbanisme du PLU, pourtant très détaillées, ne prennent pas acte de la réalité des retraits d’alignements qui ont redessiné la rue. Leur suppression pure et simple, qui permet de reconstruire en empiétement sur une portion de voie presque totalement élargie, favorise le maintien d’un verrou d’aménagement, avec un mur pignon qui fait un trottoir tortueux propice aux dépôts de déchets et aux accidents.

La rue du Surmelin avant et après reconstruction du 36 et 40-46 :
un recul de 2 m (au lieu des 6 m précédemment appliqués) a permis d’élargir le trottoir.

Cette question se pose fréquemment à Paris. Dans notre quartier, nous l’avons déjà soulevée à l’occasion d’un projet de la SIEMP, au 36 et 40-46 rue du Surmelin, qui prévoyait de reconstruire en obstruant la rue, presque totalement élargie, comme le faisait le bâtiment détruit. Nous avons souligné que le trottoir devant le projet était très fréquenté et dangereux du fait de son étroitesse. La Mairie de Paris a entendu, et elle a accepté un recul de 2 mètres au lieu des 6 mètres des immeubles voisins, ce qui a permis de rééquilibrer les trottoirs de part et d’autre. Tout le monde s’en félicite.

SDRIF        PDUIF
Cliquez sur les images pour accéder au Schéma Directeur de la Région Ile de France (SDRIF)
et au Plan de Déplacements Urbains Ile de France (PDUIF).
Et aussi, le site du SDRIF ici

Le Schéma Directeur de la Région Ile de France (SDRIF), ainsi que le Plan de Déplacements Urbains Ile de France (PDUIF) insistent sur la nécessité de favoriser les modes de déplacement doux tels que la marche, le vélo, le rollers (SDRIF/ Projet spatial p. 27). Le Plan de mise en Accessibilité de la Voirie et des Espaces Verts (PAVE) impose, lors du réaménagement d’une rue, de créer des trottoirs d’une largeur minimum de 1.40 m et ajoute : « il est cependant recommandé de dégager une largeur de 1,80 m pour un cheminement confortable et permettre à deux personnes en fauteuil roulant de se croiser (norme AFNOR, fascicule P98‑350). » Le PAVE recommande aussi l’aménagement des indentations de trottoirs car elles posent problème aux non-voyants.

Les retraits d’alignement qui ont été utilisés pendant des années avec l’objectif de favoriser la circulation automobile, pourraient l’être aujourd’hui pour favoriser ces déplacements doux et ceux des personnes en difficulté. On sait que 55 % des déplacements dans le 20ème sont piétons.

La solution des « zones de rencontre », qui consiste à mélanger les circulations sur une voie commune, est un pis-aller puisqu’elle fait reposer « l’apaisement » des circulations rapides sur les moins rapides, avec, en dernier rempart, les piétons et plus particulièrement les personnes âgées ou en situation de handicap. Autant que possible, il est nécessaire d’organiser des itinéraires piétons dégagés, visuellement lisibles et qui, pour le piéton, ne créent pas de stress lié au passage éventuel de camions, ambulances, voitures, motocyclistes, vélos ou rollers.

Les trottoirs sont une réponse parfaite à ce besoin.

C’est pourquoi le Plan de Déplacement Urbain Ile de France recommande, en page 71 :

“D’utiliser le plan d’alignement, ou les dispositions du PLU relatives à l’alignement, pour faciliter la circulation des transports collectifs, en prévoyant l’élargissement, là où il est opportun, de la voirie existante empruntée par des lignes de bus. Les modes actifs doivent également être pris en compte, l’élargissement de la voirie pouvant permettre un meilleur traitement des conditions de déplacement à pied et à vélo.”

PAVE

Cliquez sur l’image pour télécharger
le Plan de mise en Accessibilité de la Voirie et des Espaces verts de Paris
(PAVE de Paris)

Le PAVE souligne que :

“des espaces praticables par les personnes à mobilité réduite sont des lieux plus confortables et sûrs qui rendent plus agréable le cheminement de tous les piétons.”

L’incitation à la marche, qui est le mode de déplacement le plus usité des parisiens (55% pour le 20ème) passe aussi par l’embellissement des rues qui s’accorde avec les objectifs environnementaux. Les végétaux contribuent à rendre la ville plus agréable mais aussi à réguler les températures, notamment les arbres feuillus qui protègent de la chaleur l’été et laissent passer la lumière l’hiver.

Extrait plan PLU modifié

Les retraits d’alignements permettent d’envisager ces plantations, ainsi que la création de jardins privatifs sur rue tant que les espaces dégagés ne sont pas annexés par la voirie. Ces jardins sur rue participent à l’agrément du quartier. Il en existe déjà plusieurs rue du Groupe Manouchian (voir plan ci-dessus). Nous rappelons que cette rue est située dans le « Quartier Vert » créé en 2004 pour favoriser les circulations douces et les plantations dans notre secteur d’intervention associatif.

Rue vue de près

Le 30-30bis possède aujourd’hui un jardin avec trois grands arbres et un beau magnolia grandiflora, visibles de la rue (voir photo ci-dessus). Curieusement, ce jardin n’est pas inscrit au PLU en espace vert protégé. Il est prévu de le détruire pour le remplacer par un jardin en fond de parcelle, invisible de la rue, dans la zone peu fertile dégagée par la destruction d’un bâtiment existant. Lr futur jardin serait entretenu – ou pas – par les locataires de cette résidence dédiée à l’investissement Pinel. Notre association a pu constater que les plantations d’arbres en remplacement d’arbres arrachés, même si la Ville les impose à la réception du projet, peuvent rapidement être éliminées lorsque les habitants ne sont pas motivés.

De plus, ce futur jardin serait enfermé entre des immeubles, ce qui ne répond pas à la recommandation du SDRIF de prévoir des espaces ouverts en continuité écologique pour préserver la biodiversité dans la ville.

Demande

Nous demandons l’annulation du permis de construire délivré par la Mairie, conformément à un PLU qui :

• Par la suppression inconsidérée des retraits d’alignements est privé d’un outil d’urbanisme essentiel et, dans le cas de la rue du Groupe Manouchian, ne respecte pas l’équilibre entre :

• d’une part :

1) Les orientations données par le SDRIF et le PDUIF visant à faciliter les circulations douces en répondant aux besoins des piétons et des cyclistes, notamment en utilisant l’outil de l’alignement. Se déposséder de cet outil qui a déjà marqué ce territoire remet en cause l’aménagement futur de cette voie.

2) L’objectif de largeur de trottoirs fixé par le PAVE en matière d’accessibilité handicapé. La règle est claire ; les retraits existants préparaient sa mise en oeuvre, mais le nouveau PLU en compromet définitivement l’application.

3) L’objectif de lutte contre le réchauffement climatique, de régulation des températures urbaines – éviter “l’îlot de chaleur” évoqué par le SDRIF/Projet spatial, p.34 – et d’embellissement de la ville par des plantations de végétaux et la création de jardins privés sur rue. Le SDRIF/Projet-spatial, note en p. 54 que : “Pour être acceptée, la densification devra intégrer des espaces ouverts urbains (parcs, squares, jardins publics, mais aussi friches, jardins, etc.).”

• et, d’autre part,

4) L’objectif de densification de la ville recommandé par le SDRIF.

• En autorisant la création d’un jardin en fond de parcelle, enfermé entre des constructions, n’intègre pas la recommandation du SDRIF de préserver les continuités des espaces ouverts. A noter que le jardin actuel est en communication plus directe avec la rue et s’insère dans la « Trame Verte » (voir SDRIF, p.112).

Intérêt à agir

Notre association, fondée en 1991, a parmi ses objectifs la protection de la qualité de vie des habitants du quartier. La qualité de l’aménagement en est un aspect essentiel. L’objectif de densification, lorsqu’il écrase les autres, nuit à la santé des habitants et ne s’inscrit pas dans une démarche de développement durable. « Une population en bonne santé est essentielle à l’équilibre d’un territoire », nous rappelle le SDRIF (Projet spatial, p.26)

Nous restons en dialogue permanent avec les élus et les services techniques pour améliorer la ville et les projets qu’elle accueille. Lors de la présentation du projet de construction de logements sociaux du 21ter rue Haxo (en cours), avec M. Jacques Baudrier et Mme Alice Tercé, nous avions soulevé la question de la remise en vigueur des retraits d’alignement, au cas par cas, ou rue par rue.

A l’occasion de la modification du PLU, qui est en cours, nous avons formulé cette demande auprès du Commissaire Enquêteur. Il est nécessaire que le PLU prenne en compte la réalité du terrain, au lieu de favoriser une constructibilité maximale qui condamne l’aménagement harmonieux de l’espace.

Conclusion

Nous pensons qu’il est nécessaire de respecter, au droit du projet du 30-30 bis, rue du Groupe Manouchian, un retrait qui permette d’élargir le trottoir en alignant le projet sur les immeubles voisins. Cela rendrait plus lisible le tracé de cette rue pentue et en courbe, et préserverait son charme et ses potentialités d’aménagement.

Il serait avisé de conserver un des grands arbres ainsi que le magnolia grandiflora…

NB : Des copies de notre recours gracieux ont été adressées à :

Groupe PICHET, Promoteur (par recommandé AR).

Mairie du 20ème arrondissement : Mme CALANDRA, Maire du 20ème ; Mme VICQ, Adjointe à l’urbanisme.

Mairie de Paris : M. BAUDRIER, Adjoint chargé de l’urbanisme, chargé des questions relatives à l’architecture et aux Grands projets de renouvellement urbain.

Direction des Espaces Verts et de l’Environnement : Mme BERNEDE, Directrice.

Commission du Vieux Paris : M. GAUDILLERE, Président.

Conseil de Quartier Télégraphe – Pelleport – Saint Fargeau.

Association Handicap (par mail) : AUTISME75, ADEP, AFTC, ANPSA, APAJH, APEI, APEDV, ARDS, ARPADA, AVH, TUTTIMOBI, UNAPEI, UNISDA, UNMV.

Association « Les Droits du Piéton » (par mail).

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